Introduction

Dans la fin des années 70, l’acupuncture a fait son apparition dans les pratiques, et en même temps dans les écoles vétérinaires.

L’usage qui en était fait était plutôt réservé à la dermatologie des carnivores, à certaines pathologies neuro-hormonales ainsi qu’à d’autres maladies à thérapies aléatoires ; parmi celles-ci se trouvaient les coliques du cheval. Ces syndromes avaient la caractéristique principale d’être relativement mystérieux, de ne connaître que de façon incertaine une issue favorable même en présence de thérapeutique adaptée. De plus, il faut bien reconnaître que les praticiens présents dans les écoles vétérinaires étaient, malgré une immense bonne volonté, extrêmement dépourvus des compétences validées par la pratique quotidienne de la médecine de chevaux de courses ou de selle. À cette époque, les moyens d’exploration de l’abdomen du cheval étaient assez rudimentaires, les moyens médicamenteux très réduits et relativement dangereux, et surtout, les techniques ne " voyageaient " pas.

Les praticiens spécialisés dans la médecine du cheval étaient très peu nombreux et, en pratique difficilement accessibles aux étudiants désireux de se former. Les enseignants eux-mêmes ne possédaient pas de réelle pratique de la clientèle équine. Lorsque quelques enseignants introduisent l’acupuncture dans les écoles vétérinaires, puis créent un cours (optionnel facultatif)), l’intérêt que rencontre cette technique est certaine de la part de tous, étudiants, professeurs et clients.

Concernant la médecine du cheval, l’application de l’acupuncture dans la thérapie des coliques apparaît prometteuse et soutient l’intérêt des vétérinaires. C’est à cette période que je fais l’expérience de la médecine traditionnelle chinoise (M.T.C. terme générique qui recouvre la médecine énergétique Chinoise dans ses diverses composantes : médecine utilisant les aiguilles et phytothérapie traditionnelle) en même temps que beaucoup de vétérinaires et de médecins. L’acupuncture se développe en Europe comme aux USA. En ce qui concerne la pratique à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, il existait une consultation pour les chiens et les chats. De façon exceptionnelle, on y recevait des chevaux pour des problèmes locomoteurs essentiellement ;l’organisation du service ne permettait pas de recevoir des chevaux en urgence, ce qui constitue le cas général des coliques. Alors que l’acupuncture semblait très prometteuse en matière de modélisation et de thérapie des coliques, il m’a été impossible de recueillir d’expérience directe de son efficacité. Les seules expériences étaient rapportées par des praticiens libéraux, en général dans les réunions de l’Association des Vétérinaires Acupuncteurs de France. Cette association, qui a toujours été la seule concernée par la MTC, a compté jusqu’à une centaine de vétérinaires praticiens, étudiants et professeurs réunis.
Sur cette centaine de membres actifs, les vétérinaires concernés par le cheval ne représentaient qu’une infime minorité. Actuellement sur environ 60 à 70 adhérents de l’association, seules une demi-douzaine sont référencés comme pratiquant l’acupuncture sur les chevaux.

L’acupuncture semble avoir échappé à un bel avenir. Pour ma part je crois que cette forme de pratique médicale est particulièrement adaptée à la médecine équine, je suis d’ailleurs un utilisateur quotidien de MTC. Elle constitue pour moi la technique énergétique de base par excellence. Son usage est assez facile à mettre en place et rapidement riche de succès thérapeutiques.

Elle demande beaucoup de rigueur, de la méthode et supporte mal l’approximation diagnostique. Personnellement, je crois d’ailleurs que les difficultés de traduction et de compréhension ont beaucoup nui à la qualité de son enseignement. La MTC est aussi exigeante que les autres techniques médicales. La poésie et l’orientalisme qui accompagnent son enseignement, ou qui accompagnaient son enseignement, ont beaucoup influencé les esprits en lui donnant une forme imprécise, difficile à cerner pour les esprits cartésiens, et en tout cas peu représentatifs de sa nature précise, physique, presque arithmétique.

À chaque fois que j’ai eu accès à un exposé fait par des praticiens asiatiques ou de culture asiatique, la grande rigueur de leur enseignement, je dirais presque sa rigidité, tranchait avec la littérature orientale un peu exotique, un peu imprécise et à qui l’on pouvait presque faire dire tout et son contraire.

Il est certain que le manque quasi général de culture de base en matière de médecine énergétique ne permettait pas beaucoup de circulation et d’échanges constructifs entre les praticiens.

Après les précurseurs en matière d’enseignement d’acupuncture vétérinaire : Messieurs les Professeurs P.C. Blin et F. Molinier, Cazieux, …

Si la situation a bien changé au regard de l’enseignement, de la pratique de ville ou hospitalière, en ce qui concerne le domaine des chevaux, la pratique de la MTC est restée marginale sans que je puisse en fournir une bonne explication. La pratique de la médecine des aiguilles est régulièrement fiable, elle permet de donner du sens et un sentiment de continuité au praticien, ce qui est toujours réconfortant, elle ne crée pas de problème d’élimination de médicaments (ce qui est une des préoccupations permanentes du praticien équin travaillant sur des animaux de course, ou de compétition au sens large) et elle permet souvent de trouver des solutions à des problèmes " fonctionnels ", de douleurs apparemment sans lésions organiques ainsi qu’à des problèmes accompagnés de lésions. Je l’utilise depuis environ 1983 seule ou associée à l’ostéopathie. Ces deux thérapies représentent la totalité de ma pratique quotidienne.


Dans l’enseignement que j’ai reçu restait une incertitude énorme sur l’emplacement exact des points ; d’autre part, et c’est beaucoup plus important, la puncture (ou piqûre) des points étaient souvent indiquée comme l’application de " recettes ", alors que l’idée de base de la MTC est de représenter l’individu vivant (en analogie avec l’univers) comme un système énergétique semi fermé dans lequel la maladie, ou la douleur, témoigne d’un déséquilibre circulatoire. Le but poursuivi par le thérapeute est de rétablir l’équilibre de cette circulation corporelle dans tout l’individu. Le moyen qu’il utilisera pourra être l’administration de mélanges traditionnels de plantes (la flore Chinoise est extraordinairement riche et sa pharmacopée très élaborée), ou le rétablissement de la circulation par l’implantation d’aiguilles dans la peau. Ces aiguilles peuvent alors pousser ou tirer l’énergie, la stimuler pour augmenter sa " densité " ou la disperser, et ceci en agissant sur des points très précis qui possèdent des fonctions de dérivation ou de concentration, sur chaque réseau.

On pourrait faire une analogie avec les réseaux d’adduction d’eau, ou avec la circulation des voitures sur le réseau routier. Il devient apparent que d’une part la détermination de la nature des points, ainsi que leur emplacement ont une importance majeure, d’autre part, la situation de ces points en réseau sur une carte anatomique est indispensable. Lorsque j’ai recherché ces cartes, je ne les ai pas trouvées et j’ai entrepris de les réaliser à partir de celles de l’espèce humaine (qui est celle qui se trouve le plus prés du vétérinaire). Le travail entrepris a été de faire une transposition anatomique pure de la situation des points de l’homme, de confronter ensuite cette cartographie avec les points fournis par les planches Chinoises traditionnelles, puis d’expérimenter et de vérifier " par l’usage ".


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